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France Insights

Emmanuel Macron profite-t-il des ralliements à sa candidature ?

Cécile Lacroix-Lanoë

Directrice d'études, Kantar Public

Presidentielle 04.04.2017 / 15:00

emmanuel_macron

Cette campagne présidentielle a la particularité d’avoir propulsé sur le devant de la scène politique un candidat qui, jusque récemment, était encore peu connu, Emmanuel Macron. Le leader d’En Marche !, qui se présente en dehors des cadres partisans traditionnels, a réussi à se hisser en bonne position dans les sondages et sa victoire semble aujourd’hui possible.

Tout au long de sa campagne, il a reçu les soutiens de nombreuses personnalités politiques de gauche comme de droite. Or ces ralliements, d’hier et d’aujourd’hui interrogent les Français, comme le montrent les réactions recueillies sur  notre communauté en ligne Kantar Public - Krealinks.

Si ces ralliements prouvent la capacité du fondateur d’En Marche ! à rassembler autour de sa démarche, ils réactivent néanmoins les questions sur son positionnement sur l’échiquier politique. Par ailleurs, ces ralliements, ou du moins certains d’entre eux, jettent un certain discrédit sur la classe politique. En dehors de certaines personnalités dont le soutien semble plutôt dans la ligne de leurs engagements passés, comme François Bayrou, les ralliés sont souvent critiqués, à l’exemple de Manuel Valls, dont l’annonce du vote dès le premier tour pour Emmanuel Macron apparaît comme une trahison de sa propre parole et de son parti. Ces critiques viennent entretenir un discours où les politiciens sont davantage dirigés par leur opportunisme que par la recherche du bien commun.

Des ralliements dans la logique de rassemblement d’Emmanuel Macron mais qui alimentent le flou sur son positionnement

Chez les participants à lacommunauté présidentielle 2017, la première réaction face aux ralliements au leader d’En Marche ! est une interrogation sur la volonté de nouveauté et de rupture des clivages traditionnels portés par Emmanuel Macron. Son mouvement, qui se voulait en rupture avec le système politique actuel, ne serait pas en mesure d’accomplir sa promesse en accueillant des personnalités politiques déjà présentes dans le paysage politique depuis de nombreuses années. Ainsi, les désirs de changement en profondeur du système politique prônés par Emmanuel Macron sont remis en question.

« Lui qui veut du renouveau, de la jeunesse, de nouveaux visages, reçoit tous les vieux briscards, les roublards, avides d'une nouvelle place. » (Homme, 65 ans et plus)

« Quant à Macron, son projet de renouveau a du plomb dans l'aile car il recueille des vieux briscards de la politique » (Homme, 65 ans et plus)

« Il est en train de rassembler les anciens du gouvernement Hollande. » (Femme, 39 à 45 ans)

Mais auprès de ses soutiens, les différents ralliements à Emmanuel Macron sont perçus comme une opportunité à saisir pour le candidat, qui doit profiter du poids politique de ces personnalités qui adhèrent à sa démarche. Ainsi l’exposition et les différents appuis dont il bénéficie peuvent lui permettre d’accroître sa crédibilité pour occuper le poste de Président de la République. Aussi, ils représentent un atout de poids pour la suite, car ils lui offrent la possibilité de disposer de nombreuses personnalités expérimentées pour organiser le gouvernement qu’il souhaite. 

« Je pense que ces ralliements de droite et de gauche, sont une bonne chose pour Emmanuel Macron. Cela démontre qu'il n'est ni de droite ni de gauche. Et que son programme peut plaire au plus grand nombre. » (Homme 18 à 24 ans)

« C’est une bonne chose car cela permettra à Emmanuel Macron d’avoir un certain choix pour former un gouvernement ou avoir des candidats aux élections législatives. » (Homme, 35 à 49 ans)

« Ces ralliements sont une bonne chose pour Emmanuel Macron. C'est le seul candidat qui peut incarner le renouveau de la France et plusieurs personnalités l'ont bien compris. » (Homme, 25 à 34 ans)

Emmanuel Macron reste très discret sur ses ralliements selon les internautes, trop discret. Si, à leurs yeux, il ne peut refuser des soutiens qui lui apportent un gain de crédibilité et de visibilité, Emmanuel Macron doit pour autant être plus transparent sur sa ligne politique et les soutiens avec lequel il compte travailler. Ces imprécisions pourraient peser sur sa campagne car elles nourrissent l’impression de flou concernant son programme qui lui est déjà souvent reprochée. Et ce d’autant plus que la diversité partisane des ralliements est grande.

« Je pense qu’il perd de la crédibilité n’étant ni de gauche ni de droite, avec un programme très " flou" » (Femme, 50 à 64 ans)

« Mais, ce qui est gênant c'est pour Macron. Il commence à y avoir beaucoup de ralliements, de toutes tendances. Comment gérer ces tendances ? Il n'arrivera pas à mettre tout le monde d'accord, s’il est élu, tellement les tendances sont différentes. » (Femme, 35 à 49 ans)

« Ces ralliements de tant d'horizons différents laissent à penser que, si Emmanuel Macron est élu, il aura du mal à satisfaire autant d'aspirations différentes » (Homme, 65 ans et plus)

Face à ces ralliements, selon les internautes, Emmanuel Macron devrait réaffirmer sa différence et exprimer s’il veut travailler avec les hommes et femmes politiques qui le rejoignent, en veillant à garder sa position partisane centrale. Les deux écueils seraient de récupérer les vieilles structures partisanes (toute une aile du PS) et de devoir rendre des comptes aux personnalités qui le rallient. De l’avis des participants à la communauté, les soutiens doivent s’accorder sur le programme sans influer sur la ligne partisane d’En Marche !. De manière plus minoritaire, certains considèrent qu’Emmanuel Macron devrait refuser de façon assumée et ferme certains ralliements qui le desservent.

« Hé bien qu'il annonce la couleur en affirmant, haut et fort, qu'aucun des ralliements ne donnera de places, postes à qui que ce soit ! » (Homme, 35 à 49 ans)

« Je pense que s'il veut réellement redresser la France, Macron doit confirmer qu'il ne les prendra pas dans son gouvernement mais je me berce d'illusions. » (Homme, 35 à 49 ans)

« Dans l'absolu il conviendrait que ces ralliements soient équilibrés entre gauche et droite. » (Homme, 50 à 64 ans)

 « Je pense qu'il faut que monsieur Macron reste concentré sur son programme et uniquement son programme et ne pas trop s'attarder sur les soutiens. Il doit impérativement rester au centre, sinon il va se griller. » (Homme, 54 à 60 ans)

Les ralliements de personnalités politiques de différentes tendances influent sur la perception du positionnement politique d’Emmanuel Macron. Auparavant plus clairement positionné au centre parfait de l’échiquier politique, les membres de la communauté le classent désormais majoritairement comme un candidat de centre gauche car ce sont principalement des personnalités politiques de gauche qui se sont ralliées dernièrement à lui, surtout après le soutien de Manuel Valls. L’annonce du ralliement de François Bayrou à Emmanuel Macron avait beaucoup fait parler – et l’avait inscrit dans une démarche très centriste - mais aujourd’hui le maire de Pau est cité de manière plutôt discrète par les internautes quand on évoque les soutiens à Emmanuel Macron.

« Macron a en soutien Robert Hue et Alain Madelin. » (Femme, 35 à 49 ans)

« D'autres ont déjà rallié Macron vers le centre ; Le Drian, Delanoë, Pompili… » (Homme, 65 ans et plus)

 « Il y a aussi les centristes  Bayrou et Borloo qui eux lui donnent une image de centriste ou d’ouverture. Cohn-Bendit également peut le  soutenir car il est très présent en tant qu’eurodéputé. Le Drian a une image positive c’est un bon soutien » (Homme, 50 à 64 ans)

Ce positionnement plus à gauche ne pourrait-il pas détourner les électeurs de centre-droit ? Il rappelle en effet son passé d’ancien ministre de l’Economie du quinquennat et le soutien de Manuel Valls peut nourrir le sentiment de continuité avec les gouvernements de François Hollande. Finalement, du fait du soutien de l’ancien Premier ministre, la crainte d’un nouveau gouvernement avec les mêmes personnalités politiques que celles de l’actuel quinquennat émerge. Certains, minoritaires, imaginent même une alliance secrète entre François Hollande et son ancien collaborateur.

« En ce qui concerne Macron, ce n'est pas une bonne nouvelle, car le voilà associé de plus en plus à l'héritage de Hollande » (Homme, 65 ans et plus)

« Ce choix est pour Macron un "cadeau empoisonné" car il est en train de rassembler les anciens du gouvernement Hollande. Son mouvement n'est plus "en marche" mais "à l'ancienne" » (Femme, 35 à 49 ans)

« Cela prouve que Emmanuel Macron est le valet de Hollande, qui a tout organisé avec Valls. » (Femme, 25 à 34 ans)

Des ralliements qui nourrissent le discrédit de la classe politique

Mais ceux qui ont peut-être le plus à perdre dans cette stratégie de ralliement sont les ralliés eux-mêmes. Selon les membres de la communauté, les soutiens à Emmanuel Macron seraient avant tout justifiés par des choix stratégiques et pas par des valeurs ou des idées politiques. Les ralliés seraient donc davantage intéressés par la popularité du candidat d’En Marche ! et voudraient miser sur le « bon cheval » pour remporter l’élection présidentielle et pour se « placer » afin d’obtenir un poste au gouvernement. L’opportunisme apparaît comme la raison principale qui motive ses soutiens aux yeux des internautes qui déplorent alors le « triste spectacle » politique auquel ils assistent. Les politiques seraient « tous les mêmes », agissant plus pour leur intérêt propre qu’en fonction de leurs convictions. Dans cette optique, les affiliations partisanes ne seraient qu’un jeu de postures afin de gagner un siège.

« Les ralliements à Emmanuel Macron sont surtout pour espérer miser sur le bon cheval en cas de victoire, car au vu des différents éléments avancés, ceux-ci misent surtout sur le fait qu’Emmanuel Macron n'aura pas forcément la majorité aux législatives et ils espèrent pouvoir se placer en cas d'alliance forcée de Macron. C'est avant tout un calcul politique. » (Femme, 35 à 49 ans)

« Cela prouve que ce sont tous des opportunistes ; on se rallie au camp susceptible de gagner. » (Femme, 65 ans et plus)

« Nous sommes gouvernés par des opportunistes. Ce n'est pas une grande découverte mais c'est dommage que cela ne soit pas plus dénoncé. » (Femme, 25 à 34 ans)

 « Ça n'est clairement pas à son avantage [d’Emmanuel Macron], qui plus est venant de gars ayant été dans le gouvernement sortant. Concernant les politiques de droite... Et bien cela indique la porosité et la proximité de tout ce petit monde » (Homme, 35 à 49 ans)

Par ailleurs, l’argument de vote en faveur du leader d’En Marche pour faire « barrage » contre le vote  Front National avancé notamment par Manuel Valls ne convainc guère. Les internautes se disent épuisés de devoir voter constamment « contre » un parti, et enchaîner des votes dits « utiles ». Ils dénoncent les personnalités politiques qui entretiennent cette atmosphère de crainte d’une réédition d’un 21 avril 2002, et les empêchent en quelque sorte d’exercer un vrai choix démocratique.

« Je crois qu'il y a beaucoup trop d'opportunistes avant toute idée de faire barrage au FN. » (Femme, 35 à 49 ans)

« Ils considèrent également le risque FN, mais je crois que c'est une fausse barbe et qu'ils cherchent surtout à préserver l'avenir. » (Homme, 65 ans et plus)

 « Les électeurs qui auront peur de Marine Le Pen voteront utile dès le premier tour. Dans le climat anxiogène que tous les "rallieurs" entretiennent !!! » (Femme, 35 à 44 ans)

De fait, certains ralliés paient fortement leur rapprochement. Ce n’était pas le cas pour François Bayrou, dont le positionnement indépendant et centriste correspond peu ou prou à celui d’Emmanuel Macron, mais vis-à-vis de Manuel Valls, les critiques sont souvent vives. Beaucoup parlent d’une « trahison » à l’égard de la parole donnée, de Benoît Hamon et du PS. En affirmant son soutien « dès le premier tour » à Emmanuel Macron, Manuel Valls n’a pas respecté ses engagements lors de la Primaire socialiste. Son rappel à l’ordre par la Haute Autorité de la Primaire PS est approuvé et rappelé par certains, et notamment par les soutiens de Benoît Hamon. Même si, en parallèle, certains anciens soutiens de Manuel Valls lors de la Primaire Socialiste comprennent le choix de leur candidat pour Emmanuel Macron, dont la ligne politique est considérée comme plus proche de celle de l’ancien Premier ministre que le programme de Benoît Hamon, de fait, beaucoup de sympathisants de gauche considèrent que l’ancien Premier ministre n’a pas respecté leur vote. Par voie de conséquence, le risque d’une fracture du PS semble plus d’actualité que jamais aux yeux des participants à la communauté.

« Valls n'a pas tenu sa parole après les primaires, puisqu'il avait dit qu'il soutiendrait la gauche, et sauf preuve contraire la gauche est représentée par Hamon. » (Femme, 35 à 49 ans)

« Reste la question de savoir pourquoi Manuel Valls avait dit avoir signé la charte d'engagement de la primaire socialiste, stipulant qu'il soutiendrait le candidat vainqueur de cette dite primaire... Encore un qui parle et ne tient pas ses engagements » (Femme, 35 à 49 ans)

« Cela montre bien un profond désaccord au sein de la gauche sur la candidature de B. Hamon. » (Homme, 35 à 49 ans)

« Je pense que le ralliement de Valls est une pierre tombale de plus pour le PS. » (Femme, 65 ans et plus)

Au-delà des conséquences présentes de ces ralliements sur le cours de la campagne, quelques participants se posent des questions sur l’après-élection. Le défi qui se pose également après l’annonce de ces différents soutiens est celui de la future majorité sur laquelle Emmanuel Macron pourrait s’appuyer s’il était élu président. Certains internautes restent sceptiques quant à l’unité de cette dernière et se demandent, dans une telle hypothèse, « si une majorité cohérente sortirait » des urnes après les élections législatives.

Françoise Lebas, chargée d’études
Cécile Lacroix-Lanoë, directrice d’études

Source : Kantar Public

Notes de la rédaction

Cette note s'appuie sur les réactions de la « communauté présidentielle 2017 » Kantar Public - Krealinks. Cette communauté compte environ 100 participants, avec des profils diversifiés en termes de sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, lieu d'habitation, sympathie partisane. L'animation de la communauté, hébergée sur une plateforme Krealinks, est assurée par Kantar Public. Les participants réagissent aux sujets postés par Kantar Public et peuvent également poster leurs propres sujets sur la plateforme.

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