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France Insights

Les racines de prochaines insurrections électorales ? (Allemagne)

Édouard Lecerf

Directeur Politique et Opinion

Politique 13.12.2016 / 12:05

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La révolte électorale est en cours. À travers l’Europe, les sondages récents et les résultats des élections le confirment. Et demain ?

"It’s not the economy, stupid..."

En Allemagne, on discute beaucoup actuellement de l'émergence de l’Alternative für Deutschland. Fondé en 2013 et décrit comme un parti populiste de droite, ce mouvement représente une menace principalement, mais pas uniquement, pour la CDU de la chancelière Angela Merkel. L’AfD a obtenu des résultats à deux chiffres lors des cinq élections régionales qui se sont tenues à travers le pays récemment et sera un nouvel acteur important lors des élections fédérales de l'an prochain. Il est actuellement très probable que six partis soient représentés au futur Parlement fédéral.

Les attitudes des citoyens sont régulièrement mesurées par des études en Allemagne. La plus récente menée sur l’extrémisme par la Fondation Friedrich-Ebert (intitulée Gespaltene Mitte - feindselige Zustände) a révélé plusieurs faits intéressants. Tout d'abord, on constate qu'une proportion assez stable et non-croissante d'Allemands expriment des opinions hostiles à propos de certains groupes (par exemple l'antisémitisme, l'hostilité envers les musulmans). L'enquête a également testé quelques nouvelles déclarations populistes et a constaté qu'une proportion assez élevée d'Allemands étaient d'accord avec celles-ci.

Une majorité d’Allemands (55%) sont tout à fait d'accord avec l’idée qu'en Allemagne, on ne peut rien dire de mauvais au sujet des étrangers sans être qualifié de raciste. Parallèlement, les deux cinquièmes (40%) sont tout à fait d'accord avec l’idée que l’Allemagne devrait se concentrer sur elle-même. Pour autant, moins d'un cinquième (18%) estime que l'Allemagne ferait mieux en dehors de l'Union européenne. Ainsi, l'affirmation plus générale « l'Allemagne devrait se concentrer sur elle-même » est davantage soutenue que celle qui se focalise sur les conséquences possibles (« l'Allemagne serait mieux en dehors de l'UE »). Un phénomène similaire émerge s’agissant d’autres énoncés. Plus de quatre Allemands sur dix (42%) sont tout à fait d'accord pour dire que le Gouvernement cache la vérité au public. Mais « seulement » un peu plus d'un quart (28%) sont tout à fait d'accord pour dire que le Gouvernement trompe le public. Une autre étude, la Shell Youth Survey, a constaté depuis quelques années que les deux tiers des jeunes adultes et des adolescents sont tout à fait d'accord avec l’idée que « les politiciens ne se soucient pas de ce que les gens comme vous et moi pensent ».

L'Eurobaromètre permet d’enrichir cette perspective allemande en la situant dans le contexte européen. À première vue, les Allemands semblent moins enclins que les citoyens des autres États membres à se détourner du système politique tel qu'il fonctionne actuellement. La raison principale est assez simple. Les Allemands sont plus satisfaits de leur vie personnelle (89%) que la moyenne européenne (80%) et sont beaucoup plus susceptibles de dire que la situation économique de leur pays est « bonne » (83% contre une moyenne européenne de 39%). D'une manière générale, la confiance dans les institutions allemandes comme les médias ou le Gouvernement et le Parlement nationaux est également supérieure à la moyenne européenne. Cela ne doit toutefois pas conduire à relativiser la montée des idées populistes. Les Allemands font moins confiance à l’UE que la moyenne des Européens, et ils en ont une image moins positive. Plus important encore, moins d'Allemands s'attendent à ce que leur vie personnelle soit « meilleure » au cours des douze prochains mois.

Rapporté au contexte européen, le soutien général aux déclarations populistes en Allemagne est relativement faible. Mais nous devons garder à l'esprit que les Allemands ne sont pas extrêmement optimistes quant à leurs perspectives d'avenir personnelles et qu'en général, une proportion assez élevée de personnes en Allemagne s'éloignent du système politique tel qu'il fonctionne actuellement. Tous les partis politiques devraient être conscients de cela et envisager de mettre l'accent sur leurs solutions aux questions qui concernent ces électeurs mécontents, afin de ne pas les abandonner aux partis populistes.

par Ingo Leven  (Kantar Public Allemagne)

Source : Kantar Public

Notes de la rédaction

Cette note est publiée par le Centre Kantar sur le futur de l'Europe qui vise à contribuer au débat public sur l'Europe. Notre travail s’appuie sur les connaissances et les analyses de nos experts nationaux, et en particulier des données tirées de l'étude Eurobaromètre de la Commission européenne.

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