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France Insights

Les racines de prochaines insurrections électorales ?

Édouard Lecerf

Directeur Politique et Opinion

Politique 13.12.2016 / 12:00

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La révolte électorale est en cours. À travers l’Europe, les sondages récents et les résultats des élections le confirment. Et demain ?

Sept experts de Kantar Public analysent les données de la dernière enquête Eurobaromètre et dessinent les origines communes des récents bouleversements électoraux. Ces résultats indiquent qu'une majorité silencieuse, qui se sentait ignorée de « l'élite », a désormais trouvé dans le bulletin de vote un moyen de perturber le jeu politique et de faire entendre sa voix.

Une fois passée l'euphorie de leur victoire, les nouveaux dirigeants et les partis qui bénéficient maintenant de la réussite électorale vont devoir répondre aux craintes profondes – partagées par de nombreux citoyens à travers l'Europe – sur le chômage, le coût de la vie et l'immigration.

Comme Job van den Berg de Kantar Public Pays-Bas le souligne : « la question est de savoir si les nouveaux partis politiques seront véritablement en mesure de représenter les électeurs mécontents une fois passées les élections. »

L’Europe en état d’alerte

Pour beaucoup, les résultats des dernières élections trouvent d'abord leur source dans la crise économique et ses répercussions. Ainsi l’OCDE constate que depuis 2010, sur 22 pays de l’Union européenne, les inégalités se sont creusées dans 14 d’entre eux, elles sont restées stables dans 4 et ont diminué dans un nombre équivalent.

Et dans l’opinion, les indicateurs de tension au sein de l’Union européenne ont atteint, ces dernières années, des niveaux proches de l’alerte.

Le chômage demeure ainsi pour les Européens le problème le plus important auquel doit faire face leur pays tandis que d’un point de vue plus personnel, la question du coût de la vie domine.

Plus précisément, la situation de l'emploi est jugée mauvaise dans leur pays par près des deux tiers des Européens (65% contre 31%). Au-delà de la moyenne, cette vision négative domine au sein de la quasi-totalité des pays et de manière plus accentuée en Grèce (99%), en Espagne (96%), en France (90%) et au Portugal (90%).

En ce qui concerne la perception plus générale de la situation économique, le cas du Royaume-Uni est particulièrement intéressant – et peut-être révélateur. Ce qui frappe dans l’enquête  réalisée peu de temps avant le Brexit, n’est pas tant une vision dépréciée de la situation économique nationale (53% des Britanniques considéraient qu’elle était bonne) que le décalage entre cette perception positive de la situation économique nationale, et celle, nettement moins bonne (30%) de la santé économique de l’Europe.

C’est sur cette base qu’il faut apprécier une partie des motivations des Britanniques ayant estimé en juin dernier que leur avenir serait peut-être plus radieux en dehors d’une Europe qu’ils jugeaient à la fois économiquement à la traîne et insuffisamment soucieuse des intérêts de leur pays (opinion partagée par 54% d’entre eux).

Certains autres pays partagent ce sentiment de vivre dans un ensemble européen économiquement à la traîne par rapport à leur propre pays. C’est particulièrement le cas en Allemagne, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas… et en Autriche.

Nostalgie et défiance de l’establishment

Conséquence logique : la capacité des Européens, et en particulier des catégories les plus fragiles, à se projeter dans un avenir positif est mise à mal.

57% des personnes déclarant avoir des difficultés à boucler leurs fins de mois ont ainsi perdu confiance dans l’avenir. C’est encore le cas de 44% des chômeurs et d’une proportion équivalente des moins diplômés.

Ce pessimisme se teinte en outre de nostalgie lorsque la majorité des Européens (55%) s’accorde à dire que leur qualité de vie « était mieux avant ». Cette proportion atteint des sommets (75%) auprès de ceux dont la situation économique est la plus compliquée. 

Leur malaise s’exprime également dans leurs difficultés à trouver des repères positifs dans le monde qui les entoure.

La mondialisation évoque aujourd’hui quelque chose de négatif à la majorité des catégories fragiles citées précédemment.

L’immigration - considérée comme le principal problème auquel doit faire face l’Union européenne (48%) -  renforce aujourd’hui un certain nombre de crispations. Pour près de 6 Européens sur 10 (58%), l’immigration de personnes venant d’en dehors de l’Union européenne évoque quelque chose de négatif.

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Faire entendre sa voix

Au-delà de ce qui a été analysé comme un sursaut de contestation de la part de certains électeurs en quête de nouveaux repères économiques, les derniers scrutins ont été nourris par des discours remettant en cause les acteurs (les « élites ») et les règles du jeu démocratique.

Or, plus encore que sur la situation économique, les Européens portent un regard particulièrement sévère sur ceux qui les gouvernent et les informent.

Les partis politiques sont très largement décriés : près de 8 Européens sur 10 ne leur font pas confiance (78% contre 15%). En moyenne, les gouvernements nationaux font à peine mieux (68% de défiance). L’Union européenne ne parvient de son côté qu’à rassembler un tiers des Européens pour lui faire confiance.

Les médias ne sont pas vraiment plus épargnés, soupçonnés  d’une proximité trop grande aux pouvoirs politiques et économiques. Si une courte majorité (53%) des personnes interrogées estime qu’ils fournissent des informations dignes de confiance, près de 6 sur 10 (57%) considèrent pourtant dans le même temps que ces informations ne sont pas exemptes de pressions politiques ou commerciales.

Sur ces bases fragiles, c’est aujourd’hui près d’un Européen sur deux qui considère que la démocratie fonctionne mal dans son pays (47% contre 51%). Cette opinion concerne jusqu’à 64% des chômeurs en Europe et 71% de ceux qui ont des difficultés en fin de mois.

Qu’en est-il au final de ces « majorités silencieuses » qui auraient été décisives lors des derniers scrutins ? Celles qui déclarent avoir le sentiment de ne pas être entendues par les « élites » et dont se réclament malgré tout certains leaders ou partis politiques ? Le chiffre, sans être majoritaire n’en est pas moins frappant et appelle à la réflexion : 40% de l’ensemble des Européens ont, à l’automne 2016, le sentiment que leur voix ne compte pas dans leur pays (contre 53%).

Utiliser et bousculer les scrutins pour faire entendre cette contestation est aujourd’hui devenu une règle.

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par Edouard Lecerf (Kantar Public)
et Julien Zalc (Kantar Public Bruxelles)

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Source : Kantar Public


Notes de la rédaction

Cette note est publiée par le Centre Kantar sur le futur de l'Europe qui vise à contribuer au débat public sur l'Europe. Notre travail s’appuie sur les connaissances et les analyses de nos experts nationaux, et en particulier des données tirées de l'étude Eurobaromètre de la Commission européenne.

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